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DISCOURS DU 13 MAI 1795, A LA CONSTITUANTE

ROBESPIERRE
L’ART DU DISCOURS ET L’ACTE DE PAROLE
Répondre aux questions suivantes :
1) A qui s’adresse Robespierre dans ce texte ? Dans quelles circonstance ? Avec quelle(s) intention(s) ?
2) A quoi reconnaissez-vous la nature « orale » ? de ce texte (il s’agit d’un texte qui sera lu devant une assemblée) ?
Quels sont les indices de cette « oralité » dans le texte ? (anaphore, répétition, allitération, gradation, construction des phrases…)
3) Quel double enjeu social suppose le discours de Robespierre ?
4) Sur quelle antithèse est construite la dernière phrase du discours de Robespierre ?
Quel est le rôle de cette phrase à la fin du discours ? En quoi se justifie cette place dans le texte et dans la stratégie argumentative ?

SEANCE N° 2
Objectif :
– L’art du discours et l’acte de parole
– La participation de Robespierre au débat public contre l’abolition de l’esclavage. Le discours du 13 mai 1795 à la constituante

I – OBSERVATION
Robespierre, un des chefs de la Constituante s’adresse à l’assemblée en vue du vote à travers lequel il s’agit de se prononcer pour ou contre les représentants coloniaux.
En effet, le 11 mai 1791 s’est ouvert en France un débat sur le statut des colonies : les colons blancs souhaitent obtenir à St Domingue le rétablissement d’une Assemblée coloniale placée sous leur contrôle et seule habilitée à légiférer sur le territoire colonial (à Haïti).
A Haïti, seuls les métis eux-mêmes libres et propriétaires de plantation, mais privés de droits civiques, ont pris les armes contre les Blancs.
Leur révolte a tourné au désastre et deux de leurs chefs : Ogé et Chavannes ont été exécutés dans des conditions atroces, ce qui a provoqué en métropole une grande émotion et une vague de sympathie envers les révoltés.
C’est donc dans ce contexte passionné et, peu de temps avant un vote, dont l’enjeu économique et considérable pour la France, puisque cette dernière tire d’importants bénéfices du commerce colonial, que Robespierre s’adresse à l’assemblée pour y exposer une position abolitionniste que peu de députés se risquent alors à tenir.
Cet extrait est donc la trace écrite d’un message oral fort en regard des implications politiques de son contenu.
Pour Robespierre, il s’agit de convaincre un auditoire présent qu’il va devoir amener à agir selon son opinion.
Son discours s’appuiera sur cette présence physique ainsi, on notera dans son texte nombreuses marque d’oralité :
– dès la première phrase : « vous » le pronom qui désigne l’Assemblée Constituante qu’il souhaite convaincre de voter contre la proposition des représentants coloniaux.
– dès la première phrase, on peut noter des figures d’insistance comme l’allitération en (v) : « vous, vos, votre », la répétition ligne 1 ligne 2 « vous aurez prononcé, puis les anaphores (répétition en début de phrase) ligne 19-20 « périssent les colonies s’il… », la surenchère (une enchère au-dessus) ligne 4-5 « non content… on veut encore ».
Dans un deuxième temps, on reconnaît de nombreux procédés par lesquels Robespierre dramatise son discours, toujours pour obtenir davantage l’adhésion de son auditoire.
Le discours par sa forme devient comme présent devant un public qui assiste à une sorte de mise en scène des paroles.
Ainsi, on relève le recours à deux reprises dans le texte au procédé de la gradation : ligne 19-20 « votre bonheur, votre gloire, votre liberté » et ligne 26 : « ni la nation, ni les colonies, ni l’humanité entière ».
Par le recours à la gradation, Robespierre vise à emporter la pensée de son auditoire, il joue sur le lyrisme pour emporter la pensée de son auditoire.
De même, le recours à la mise en relief, on appelle « mise en relief » le procédé qui consiste à mettre en valeur une expression en la détachant du reste de la phrase, participe de la même intention de mettre en scène les paroles de son discours.
Ainsi lignes 2 et 3 : « (Et) votre propre déshonneur (et) le renversement… » ; ou encore la construction archaïque « périssent les colonies » empruntée au latin.
Par tous ces procédés, il s’agit en frappant l’oreille de l’auditoire d’insister et de souligner le rôle important des députés et les conséquences graves de la façon dont ils vont, et pour qui, ils vont voter.
On appelle cette dimension du langage, la dimension performative, le langage devient acte de parole.

II – L’ENJEU MORAL ET POLITIQUE DU DISCOURS DE ROBESPIERRE DANS LA MOUVANCE DE ROUSSEAU – SUIT LA PENSEE DE ROUSSEAU
Au-delà de l’éloquence, de l’art du discours, ROBESPIERRE creuse et développe un enjeu politique certes, mais humain.
Ainsi, concernant la question de l’esclavage, l’assemblée est confrontée à ses responsabilités : « Dès le moment où dans un de vos décrets, vous aurez prononcé le mot ‘esclaves’, vous aurez prononcé et votre propre déshonneur et le renversement de votre constitution ».
• dès la première phrase, ROBESPIERRE expose sa thèse : (son point de vue) pour lui ‘esclaves’ = déshonneur + renversement de la constitution pour l’assemblée et dans cette phrase, le mot ‘prononcer’ signifie à la fois : « dire mais également rendre un jugement ».
C’est un mot qui vaut un acte c’et un exemple de ce que l’on appelle la valeur performative du langage (le langage pour agir) et il met l’assemblée face à ses responsabilités.
Pour lui,
Comme pour ROUSSEAU, l’esclavage porte en lui-même sa condamnation, cependant l’originalité de la démarche de ROBESPIERRE c’est de viser l’esclavage qui lui est contemporain, tel que la France d’alors le pratique.
1) • Il va jusqu’à nommer ses contradicteurs :
& 18-9 « les adversaires des hommes de couleurs »
& 21 « les colons »
& 25 « les députés des colonies »
2) •il fixe également clairement l’enjeu du débat par le biais d’une imprécation devenue célèbre
& 19 « périssent les colonies » s’il faut leur sacrifier »
& 15 « les principes de la liberté » tels qu’ils sont définis dans la ‘déclaration des droits de l’homme’ ».
3) • Enfin, il termine son discours sur une phrase emphatique (expression solennelle d’une idée forte à l’aide, par exemple, d’une phrase longue qui enchaîne plusieurs périodes et des constructions symétriques) alliant la force de la rhétorique à la force de l’idée exprimée, cela parce que c’est la dernière impression qui restera à l’auditoire qu’il veut convaincre de voter contre l’esclavage. C’est un peu, la dernière scène jouée par le langage devant son public, dernière scène porteuse de l’idée essentielle du discours :
& 22 « Je déclare au nom de l’Assemblée, au nom de ceux des membres de cette Assemblée qui ne veulent pas renverser la Constitution, au nom de la nation entière qui veut être libre, que nous ne sacrifierons aux députés des colonies, ni la nation, ni les colonies, ni l’humanité entière ».
Cette phrase, il la construit en opposant :
1) l’intérêt immédiat de la France (les revenus tirés des colonies) qui se confond avec celui des colons (leur pouvoir dans les colonies)
2) sa position de principe qui répond au principe d’universalité (puisqu’il inclut : « l’humanité » entière »). Il s’oppose à ‘sacrifier’ le respect des droits de l’homme à l’intérêt des seuls « colons »

III – SYNTHESE
Cet extrait du discours de ROBESPIERRE à cause des enjeux historique et politique présente donc des qualités historiques remarquables, l’auditoire est interpellé, les répétitions soutiennent son attention, les gradations et l’emphase emportent son enthousiasme. Il s’agit bien de faire agir un public.
Cependant, ce discours doit la force de sa valeur performative à la conviction de ROBESPIERRE.
Ce dernier défend la liberté de l’individu et La Déclaration des Droits de l’Homme.
En cela, de simple discours de circonstances, le texte devient reflet des grands principes universels véhiculés par les philosophes des Lumières.

Par santa13 le 10 mai, 2010 dans Non classé

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