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CORRESPONDANCES – Charles BAUDELAIRE – LE SONNET BAUDELAIRIEN

Le poème, un art poétique ? Dans quelle mesure ?
I – Tout d’abord par sa forme :Ce « poème » est un « sonnet » forme particulièrement appréciée par Baudelaire qui y trouve à la fois un cadre et un espace de liberté.
Les vers sont des alexandrins, 14 vers.
Cependant si le schéma métrique canonique du sonnet est respecté en ce qui concerne les quatrains, il est assoupli par l’auteur dans les tercets : il s’agit d’un sonnet irrégulier : C DC DEE.
En effet, si effectivement les tercets forment une unité répondant aux quatrains, ils développent l’exemple, illustrant l’affirmation des quatrains, ils n’ont cependant de tercets que l’apparence puisque le jeu des rimes fait qu’ils forment un quatrain et un distique suivant ainsi le modèle anglais du sonnet.
On note également dans ce sonnet, l’importance du vers 8, vers « tournant » du sonnet mais, de plus, évoquant deux des thèmes majeurs de la poésie Baudelairienne :
– « le parfum » et « la correspondance » évoquée à la fois par le titre et par le vers 8 est une des clefs du poème mais aussi de l’œuvre. En effet, tout en faisant référence à la conception du surnaturalisme des romantiques allemands, elle évoque, par ailleurs, une des spécificités de l’écriture baudelairienne : le sens des images pour dire le monde, le travail d’un langage qui sait faire surgir l’image évocatrice.
II – L’art des images pour dire le monde :
C’est surtout dans les quatrains que Baudelaire affirme sa vision du monde et de la place de l’homme dans ce monde.
Dans le premier quatrain la nature est présentée à travers la métaphore du temple, c’est sa dimension sacrée qui est présentée. On peut relever le champ lexical y faisant référence : vers 1 « temple » et « piliers » ; vers 3 « symboles » que l’on retrouve dans le second tercet : vers 12 « choses infinies » et vers 14 « transports de l’esprit ».
Pour Baudelaire, cette nature est sacrée et mystérieuse, elle s’adresse à l’homme mais dans un langage tout aussi mystérieux puisque l’homme doit apprendre à le déchiffrer : vers 21 « confuses paroles », vers 3-’ « des forêts de symboles qui l’observent », vers 5-6 « de longs échos qui de loin… », vers 6 « une ténébreuse et profonde unité. »
Pour comprendre ce message, le poète dispose d’une clef : le langage de la nature est multiforme mais il existe une unité entre toutes les formes qu’il peut prendre et plus encore, l’ensemble de ces formes constitue une sorte de chorale. C’est la notion de « Synesthésie » de laquelle le poète va pouvoir puiser son inspiration et grâce à laquelle il va transmettre aux hommes le sens du message qu’il aura déchiffré – vers 8 « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent; »
La Nature, c’est aussi vers 3 « des forêts » et « L’homme y passe », il y est observé vers 4 « avec des regards familiers » – Il n’est donc pas étranger.
III – Le rôle du poète :
Le poète a un rôle particulier dans ce monde. Il est l’intermédiaire, c’est lui qui fait le lien, qui sait interpréter les « Correspondances » qui existent entre ce monde et l’infini, et il le fait à l’aide du langage poétique. Il s’agit d’expliciter ce lien entre les sens et l’esprit : par les sens, l’homme peut atteindre l’infini et pour illustrer ce point de vue, dans « Correspondances », Baudelaire prend l’exemple du parfum.
Le poète est l’homme qui sait établir les analogies. Notre auteur met en œuvre ce sens des analogies en développant le thème « des parfums » – dans les tercets. Il y constitue la preuve de l’affirmation énoncée dans les quatrains : il existe des correspondances dans tous les messages adressés à l’homme par la nature.
Pour révéler ces analogies, le poète recourt à une série de comparaisons. A travers elles, deux sortes de parfums s’opposent :
– les premiers, « frais », « doux », « verts »
– les seconds, « corrompus », « riches », « triomphants » et chacune des 2 catégories occupent 2 vers liés par la rime DE;
Si l’on s’en tient aux adjectifs, seul « verts » établit une liaison entre « parfum » et « couleurs », entre olfactif et visuel mais les 2 séries « frais – doux – verts » et « corrompus – riches – triomphants » forment aussi un contraste violent en quelque sorte entre l’innocence et son contraire -
D’autre part, les 2 séries introduites par « comme » ne sont pas parallèles.
« Chairs d’enfant » – « hautbois et prairies » entrent dans de vraies comparaisons, alors que « ambre – musc – benjoin et encens » sont des exemples de parfums.
A travers ces 2 séries l’auteur rapproche la fraîcheur de scènes pastorales en lien avec la nature et l’enfance à d’autres plus sensuelles liées aux excès du monde « adulte ».
De la première série, il reste au lecteur des impressions légères, « visuelles » (verts), « sonores » (hautbois) et « tactiles » (chairs d’enfants, prairies) ; de la seconde, il reste des impressions plus lourdes et imprégnées de l’intensité des parfums d’origine végétale « l’ambre », « l’encens » ou animale « le musc ».
Cependant, ces 2 sources de parfums bien que opposées, projettent toutes deux l’homme vers l’infini, vers ce monde idéal auquel aspire Baudelaire. En effet, elles provoquent vers 14 « les transports de l’esprit et des sens » -
Il y a donc bien correspondances entre le monde terrestre et celui de l’infini.
Le débordement concernant le sens des tercets par rapport au vers 8, justifie le débordement de la dernière rime sur le second tercet : en effet, les correspondances établies par les outils de comparaison dans le poème dépassent le cadre des 3 sens mentionnés au vers 8 puisque le toucher est évoqué au vers 9 « chairs d’enfants » et au vers 10 « prairies ».
Ainsi, par le jeu des rimes, le schéma métrique n’est plus 3+3 mais 4+2. Le distique célébrant l’unité du microcosme vers 8 « les parfums » ayant vers 12 « l’expression des choses infinies », rejoignant l’unité du macrocosme : vers 8 « les parfums, les couleurs et les sons se répondent », vers 6 « dans une ténébreuse et profonde unité » évoquée dans les quatrains.
Le vers 14 réunit par ailleurs les 2 aspects : le monde de l’esprit et celui des sens ; il est préparé par le vers 13, « l’ambre et le musc » évoquant les plaisirs de la chair ; « le benjoin et l’encens », les joies de l’esprit. En effet, ce sont les parfums brûlés alors dans les églises.
Le poète est donc bien l’homme qui sait percevoir « le langage des fleurs et des choses muettes », celui qui met en relation par le jeu des synesthésies les messages de la nature qui s’adresse aux sens de l’homme mais pour mieux dire l’infini.
CONCLUSION :
Ainsi, tant par sa forme : un sonnet, que par le sens, on peut dire de correspondances qu’il évoque les grandes lignes de ce qui pourrait être l’art poétique des Fleurs du Mal.
On y reconnaît son goût pour une forme brève mais qui peut ouvrir sur l’infini, son esthétique du dandy ayant accepté en surface l’intégration mais l’ayant dépassée.
Il y met en œuvre l’art des images des figures d’analogies (métaphores et comparaison) plus propices à dire les symboles d’une nature qui ne se dévoile qu’à celui qui sait extraire grâce à « son œil poétique » « le caractère poétique de toutes choses ».
Le conte de Lisle par C. Baudelaire
Cet art des images, il le nourrit du jeu des synesthésies.
Pour le poète, il s’agit de lire le monde à travers les sensations qu’il lui procure et qui le mènent vers cet ailleurs idéal et sublime.

LE SONNET BAUDELAIRIEN
A travers cette forme, Baudelaire vise une véritable authenticité, à travers elle il s’est voulu le chantre de la modernité :
– Forme à la fois désuète et ostentatoire – Forme contraignante ?
Le poète la renouvelle :
a) En se pliant aux règles désuètes mais en se jouant des règles :
- sonnets irréguliers.
Ainsi, il a conservé une forme pour la mener aux limites de l’éclatement ; pourquoi?
a) Le goût pour une esthétique de la brièveté
• Recherche de l’adéquation entre la nature propre des structures poétiques et les structures de l’entendement, de la sensibilité humaine.
Baudelaire anti-Hugo par excellence : incompatibilité entre poétique et forme épique.
Il préfère une forme brève qui peut ouvrir sur l’infini.
b) une esthétique de dandy :
Comme le dandysme, le sonnet est l’art de trouver une originalité contenue dans les limites extérieures des convenances, une marginalité ayant accepté en surface, l’intégration mais l’ayant dépassée.
Le sonnet baudelairien, représente alors un accord parfait entre un tempérament et une esthétique.
Le sonnet est dans l’ensemble de la création poétique de Baudelaire essentiel à cause de sa plasticité, de sa brièveté, de ses contraintes et exigences.
A travers le sonnet, les Fleurs du Mal élabore une nouvelle syntaxe et une nouvelle poétique: celle du nombre en liberté.

Par santa13 le 10 mai, 2010 dans Non classé

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